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La Grotte de Font-de-Gaume

12 septembre 1901 : découverte de la Grotte de Font-de-Gaume !

Située dans la Vallée de la Beune, à moins d’1 kilomètre du centre bourg des Eyzies, la Grotte de Font-de-Gaume est l’un des plus beaux sanctuaires paléolithiques du monde. Elle reste une des dernières grottes ornées de peintures polychromes ouvertes au public. 

 

1. La découverte 

Le 12 septembre 1901, juste après la découverte des gravures de la Grotte des Combarelles le 8 septembre, Denis Peyrony, instituteur aux Eyzies, gravit le rocher de Font-de-Gaume, 400 mètres de pente raide au départ d’un petit vallon proche du bourg des Eyzies. Il atteint ainsi une grotte connue de tous les habitants et à laquelle il avait déjà accédé jeune homme, la grotte du Sourd.

Eclairé d’une bougie, après plusieurs mètres le long d’une galerie où il ne voit que des graffiti contemporains, il franchit un passage très étroit, le Rubicon. Il découvre alors les peintures pariétales.

Avertis par télégramme, le Dr Louis Capitan et l’Abbé Henri Breuil le rejoignent dès le 20 septembre.

Les représentations de la Grotte de Font-de-Gaume sont les premières peintures polychromes trouvées en France.  

En 1910, grâce au mécénat du Prince Albert 1er de Monaco, les trois hommes publient « La caverne de Font-de-Gaume », monographie qui reste encore aujourd’hui l’ouvrage de référence sur la Grotte de Font-de-Gaume.

Vue sur la falaise de Font-de-Gaume.

© Olivier Huard / Centre des monuments nationaux

 

Entrée principale de la caverne (à droite)

Planche XLI du « La Caverne de Font-de-Gaume », par Capitan, Breuil et Peyrony, Monaco, Imprimerie Chêne, 1910. 

Crédit photo : Centre des monuments nationaux

Droit d’auteur : C. Lassalle – Fondation IPH

2. La grotte

D'une longueur totale d'environ 250 mètres, seules les galeries principales sont ouvertes à la visite.

La forme actuelle de la grotte est le résultat d’une cassure du massif calcaire, une diaclase progressivement élargie par des ruissellements d’eau pendant des milliers d’années. 

Dans sa partie la plus haute, la zone ornée atteint une dizaine de mètres. 

 

Environ 230 images, peintes et/ou gravées, ont été recensées. L’animal le plus représenté est le bison, au nombre de 84. Des bouquetins, des mammouths, des chevaux, des rennes, des aurochs, un ours, des félins, un loup, des rhinocéros laineux, des mains négatives, une représentation humaine et différents signes y sont également dessinés.

Des thèmes non figuratifs y sont aussi représentés, notamment des signes tectiformes, caractéristiques en Périgord. Tous ces témoignages artistiques sont datés d’environ 14 000 ans avant notre ère.

 

 Bisons

© Olivier Huard / Centre des monuments nationaux

 

 Rennes noirs et rouges, dit aussi Panneau des rennes affrontés.

© Olivier Huard / Centre des monuments nationaux

 

3. La fréquentation du site

La fréquentation animale

Le premier occupant de Font-de-Gaume est sans doute l’ours des cavernes, Ursus spelaeus. Il pouvait atteindre 3 mètres de haut et pesait jusqu’à 800 kg (plus de trois fois le poids de l’ours brun actuel). Essentiellement végétarien, il a disparu il y a environ 25 000 ans. Sur les parois, des traces de griffades et de frottement lui sont attribuées. 

Sa présence est attestée dans la quasi-totalité de la cavité. Les fouilles de François Prat de 1967-1968 ont livré les restes d’une dizaine d’individus, des jeunes et des femelles, sans doutes morts durant leur hibernation.

  

Griffades d'ours

Planche XLVI, avec calque indiquant les figures et les griffades, du "La Caverne de Font-de-Gaume", par Capitan, Breuil et Peyrony, Monaco, Imprimerie Chêne, 1910.

Crédit photo : Centre des monuments nationaux

Droit d’auteur : C. Lassalle – Fondation IPH

La fréquentation humaine

Si la Grotte de Font-de-Gaume a officiellement été découverte en septembre 1901, elle a de tout temps été fréquentée : en effet, son porche dominant d’une vingtaine de mètres le vallon, l’entrée de Font-de-Gaume n’a pas subi de phénomènes de comblements et a toujours été bien visible et accessible.

Plusieurs cultures paléolithiques s’y sont succédé : 

Certains des ossements d’ours retrouvés dans la grotte présentent des marques de découpe de silex, ce qui indiquerait que viande et peau aient été récupérées par l’homme. Ces traces remonteraient à environ 40 000 ans, période correspondant au Châtelperronien. 

Lors de la fouille François Prat, des objets en silex et en bois de renne ont été retrouvés. Certains d’entre eux sont de facture aurignacienne.  

Trois pointes en silex à retouche foliacée, caractéristiques du Solutréen, attestent que la cavité a certainement été parcourue il y a environ 20 000 ans. 

Les représentations pariétales de Font-de-Gaume sont attribuées à la phase moyenne du Magdalénien, vers 15 000 ou 14 000 ans. Quelques objets en lien direct avec le décor pariétal ont été retrouvés : du matériel potentiellement utilisé comme lampe, des crayons de colorant naturel, des objets en silex présentant des traces d’usure, probablement dues au travail de gravure. Une tête de cheval gravée sur un fragment de vertèbre est aussi attribuée au Magdalénien. Elle témoigne également en faveur d’une relation entre art mobilier et art pariétal.

 

Des vestiges du Néolithique, de l’âge du Bronze ont aussi été récoltés : tessons de céramiques, une armature de flèche en os à pédoncule et ailerons, ainsi qu’une belle épingle en bronze.

 

Les aménagements troglodytiques au-dessus du porche témoignent quant à eux de son occupation médiévale. Elle fut notamment utilisée comme poste de guet. 

 

Au 19ème siècle, le vestibule et les deux entrées de la grotte servent de bergerie.

Des graffiti témoignent aussi de la fréquentation du porche et des galeries à cette période. Ces traces laissées par les visiteurs ont malheureusement parfois abîmé les peintures. Ces inscriptions sont évoquées par Denis Peyrony écrivant à Henri Breuil : « Je viens de découvrir aujourd’hui même, dans une autre grotte, des peintures de toute beauté, mais malheureusement un peu dégradées par les inscriptions mises par les visiteurs. Il y a quelques gravures, mais elles sont moins profondes que celles des Combarelles ». Plus de 70 graffiti (noms, initiales, origines géographiques) sont recensés, les premiers remontant à 1874 et la majorité se situant entre 1880 et 1900. 

 

 Cheval

© Olivier Huard / Centre des monuments nationaux

 

4. Protection et conservation du site

Classements

En 1902, la famille Delmarès, propriétaire de la grotte, en fait don à « l’administration des Beaux-Arts ». Elle devient ainsi propriété de l’Etat.

Elle est classée au titre des Monuments Historiques le 3 juillet 1902 et inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco en 1979.

 

Mesures conservatoires

La mise en place des quotas : 

Les premières découvertes archéologiques aux Eyzies commencent au début du 19ème siècle. La voie ferrée est inaugurée en 1863, période où la commune développe sa notoriété archéologique et son image de « Capitale de la Préhistoire ». C’est le début du tourisme en Vallée Vézère.

Comme en témoignent les derniers graffiti, malgré son classement, la grotte subit encore quelques dégradations jusqu’en 1910, année de son ouverture au public.

En 1920, avec la création du Syndicat d’Initiative des Eyzies et l’électrification des galeries, la Grotte de Font-de-Gaume devient la première grotte préhistorique ouverte aux touristes en Dordogne.

Durant les années 60-70, la fréquentation journalière, alors non limitée, peut atteindre 1 500 personnes par jour en été.

En 1970, un premier quota de 650 personnes par jour est mis en place pour le confort des visiteurs qui souffrent ainsi moins de la concentration en gaz carbonique. 

Les désordres climatiques et biologiques s’installant, il devient ainsi nécessaire d’établir des quotas conservatoires. En 1979, on passe ainsi à 340 personnes par jour, puis 200 au début des années 1990.

Aujourd’hui, la fréquentation quotidienne maximale est de 78 personnes réparties sur 6 visites quotidiennes.

 

Une politique conservatoire curative … 

Après la Seconde Guerre mondiale, et la découverte de la Grotte de Lascaux, le développement du tourisme amène l’Etat à prendre des mesures pour prévenir ou limiter les dégradations des peintures par frottement ou contact : dans les secteurs étroits, décaissement du sol sous contrôle archéologique afin d’abaisser le cheminement et de protéger les peintures des contacts. Dans les secteurs plus larges, installation de mesures physiques de protection : rambarde, vitrage.

Bien que la profondeur de la grotte permette une température et une humidité stables, ce qui a favorisé la conservation des œuvres, la visibilité de certaines peintures est altérée par une couverture naturelle de calcite. Afin d’en améliorer la lisibilité, des techniques ont été utilisées pour diminuer cette couche de calcite : brossage, abrasion ou choc doux.  

Les graves problèmes de conservation entraînant la fermeture de Lascaux en 1963 ont incité l’Etat à la plus grande prudence. La fréquentation humaine d’une grotte en modifie effectivement son équilibre. Ainsi, sous la direction du Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques, des études thermiques sont effectuées pour mesurer les variations de température, la circulation de l’air, l’hygrométrie, la teneur en CO2.

Pour limiter la présence de CO2, un dispositif de pompage électrique est mis en place pour compléter la dépressurisation naturelle de la cavité.

Des traitements biocides par aspersion, puis thermonébulisation de produits chimiques, sont régulièrement effectués pour contrer le développement de micro-organismes dus au dépôt de matière organiques apportées par les visiteurs et aggravés par la présence de points d’éclairage.

 

…. puis préventive.

Dans les années 1990, le Ministère de la Culture achète les terrains dominant l’ensemble du réseau, ce qui lui permet une meilleure gestion de cet espace sensible. Le Centre des monuments nationaux, qui assure la conservation, la gestion et l’ouverture au public, met alors en place une politique conservatoire radicalement différente : elle favorise la prévention des risques et cherche à limiter au maximum les interventions techniques. Suivi climatique permanent, contrôle biologique régulier notamment, ont permis au Laboratoire d’hydrogéologie de Bordeaux et au Laboratoire de Recherches des Monuments Historiques de définir un seuil d’équilibre de la cavité, fondé sur sa stabilité et son autorééquilibrage : toute grotte peut supporter sans dommage une légère modification de son milieu, lorsqu’elle est passagère. L’élévation de la température par exemple doit être suffisamment faible dans la journée pour que la cavité retrouve sa valeur naturelle dans la nuit. Sachant que la chaleur dégagée par l’ensemble des visiteurs participe de façon non négligeable à l’augmentation de la température de la grotte, la diminution du nombre de personnes et du temps passé dans la cavité est primordiale pour sa conservation. 

 

Avec une fréquentation quotidienne maximale de 78 personnes aujourd’hui, et un temps de présence de 30 minutes environ dans la cavité, la stabilité climatique et biologique du milieu souterrain de Font-de-Gaume semble pour l’heure assurée et les traitements sont suspendus. 

Sous réserve des modifications du régime climatique actuel, le public peut donc toujours découvrir les œuvres sans les mettre en péril. 

 

Cabinet des Bisons

© Olivier Huard / Centre des monuments nationaux

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